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dimanche 22 janvier 2012

Livre électronique: premier bilan avec le patron de Payot

Alors que je viens de commencer le test du Cybook Odyssey de Booken, (Lire les impressions de Jean-Charles) je me suis dit qu’il était temps de faire un premier bilan sur le lancement du livre électronique en Suisse Romande. Les réponses de Pascal Vandenberghe, patron de Payot.

Quels sont les premiers chiffres de vente?
Les premiers mois ont été plus que faibles avec seulement une centaine de fichiers vendus par mois. Avec l’accroissement de l’offre et un début d’entrée dans les mœurs du numérique, nous connaissons depuis novembre une forte croissance, même si, dans l’absolu, cela reste infime par rapport aux ventes du livre papier. En décembre, par exemple, nous avons écoulé 500 fichiers.

Quel est l'offre actuelle de livres?
Plusieurs nouveaux fournisseurs de contenus sont désormais en ligne: Hachette avec 17'000 titres, et Immatériel, 10'000 titres, une plateforme regroupant plus de cinquante éditeurs indépendants ne souhaitant pas se mettre entre les mains d’un grand groupe. Nous avons par ailleurs signé un contrat avec Interforum/Editis; il ne manque plus que Flammarion dans les principaux fournisseurs. J’imagine qu’ils seront en ligne ces prochains mois.

Outre les versions numériques des nouveautés, les éditeurs mettent les bouchées doubles dans la numérisation des fonds. Ainsi sur la première quinzaine de janvier, ce sont plus de 3000 nouveaux titres qui se sont ajoutés à l’offre. Nous dépasserons certainement les 100'000 titres disponibles dans le courant de l’année 2012. L’offre sera dès lors acceptable par rapport aux quelque 600'000 titres disponibles sur papier.

Enfin, nous proposons désormais aussi une offre en langues étrangères: actuellement 58'000 titres en anglais et 52'000 en allemand. Ces deux langues vont aussi fortement s’étoffer dans les prochains mois.

Projetez-vous de lancer de nouveaux modèles de tablettes?
Nous avons fait le choix de ne proposer qu’un seul modèle: nous ne sommes pas des marchands d’électronique, et nous n’avons par ailleurs pas la taille suffisante pour créer notre propre liseuse. Nous voulons juste être en mesure de pouvoir proposer à nos clients un modèle de qualité pour répondre à leurs besoins, dans un système ouvert. Le client peut décider d’acheter des eBooks sur d’autres sites que le nôtre s’il le souhaite (sauf Amazon, évidemment avec le système fermé du Kindle), même si, par défaut, le client arrive automatiquement sur payot.ch.

Proposez-vous la liseuse Cybook Odyssey?
Oui, nous avons remplacé les deux premières liseuses de Cybook commercialisées entre février et novembre par le nouveau modèle de cette marque.

Pensez-vous proposer des applications natives pour les tablettes?
Pour échapper au racket d’Apple, qui veut prélever 30% (c’est-à-dire plus que notre marge!) sur les ventes effectuées dans les applications, nous avons contourné le problème en créant des «mini-sites»: lorsque, avec votre iPhone, ou votre téléphone Android, vous vous connectez à payot.ch, le site identifie depuis quel support vous vous connectez et vous propose automatiquement une version allégée et adaptée de notre site. Les premiers résultats sur iPhone sont encourageants. Nous préparons également une version pour Blackberry.

Comme ce sont les fournisseurs de contenu qui définissent les formats et les DRM (c'est-à-dire le système de protection contre la copie), pour Apple, par exemple, nous recommandons toujours aux acheteurs d’installer Bluefire pour pouvoir lire les fichiers.

Quelles sont vos attentes pour 2012 ?
On devrait avoir une progression très forte et probablement doubler ou tripler nos ventes, mais ça restera insignifiant par rapport au papier. Même si on vendait 100'000 fichiers, ce serait dérisoire par rapport aux plus de trois millions de volumes classiques!

Propos recueillis par Xavier Studer

lundi 9 janvier 2012

Lecture: entre le Kindle, le Cybook Odyssey et l'iPad, mon coeur balance

Je suis en train de tester le Cybook Odyssey, une liseuse de livres numériques conçue par le français Bookeen (comme son nom l'indique si bien). Ce petit dernier d'une gamme déjà assez riche fait la synthèse: l'encre électronique est plus contrastée, l'écran est tactile et le Wi-Fi intégré permet d'accéder directement à des divers débits, dont un maison, le Bookeen Store. Son format livre de poche et son poids (195 grammes) en fait un objet agréable à utiliser et très facilement transportable. Son autonomie, un mois selon la police, deux semaines selon les manifestants, lui donne de toute manière un avantage sur les tablettes.

Parmi les choses qui me plaisent moins, je relève un design quelconque qui lui fait ressembler à un objet numérique très fin de siècle, le 20ème donc, et non à une épure à la mode. Ses gros bords noirs plastifiés en sont pour quelque chose. Autre contrariété, la réactivité de l'ensemble ne me satisfait toujours pas. Certes on sait que la technologie dite de l'encre électronique ne permet pas de faire des miracles mais Bookeen fait état d'améliorations substantielles pour ce modèle. On parlera plutôt d'une petite avancée en termes de rafraichissement des pages et de vitesse de réaction générale du système. Pas de quoi grimper au mur ni éliminer ce sentiment désagréable de devoir attendre une fraction de seconde de trop avant de voir la liseuse réagir à une de nos sollicitations. En lecture cependant, c'est à dire la plupart du temps, l'expérience reste convaincante. Encore heureux...

Sans passer par un ordinateur, j'ai pu faire l'achat d'un livre récent directement depuis la filière mise en place par Bookeen. J'ai en revanche renoncé à tenter de boucler une transaction en utilisant le navigateur interne de la liseuse. Trop lent, page web s'affichant mal, trop compliqué... Autant télécharger un bouquin sur un Mac ou un PC avant de le transmettre à la liseuse reliée par câble à l'ordinateur. A l'ancienne, quoi. En outre, je me suis vu contraint d'introduire mon compte Adobe Digital Editions pour déverrouiller les livres achetés. Joie des DRM, plaisir des mots de passe.

Au terme de deux semaines d'usage, j'en suis venu à une question essentielle: sur quelle liseuse porterai-je mon choix? A l'heure actuelle trois alternatives s'offrent à moi. L'iPad (voire une tablette Android), le Kindle d'Amazon ou une liseuse plus ouverte à l'instar de ce Cybook Odyssey.

De prime abord, l'iPad cumule les avantages. Je peux accéder à toutes les formes de distribution: les propriétaires mises en place par Apple (via l'application iBooks) et Amazon (via l'application Kindle). Les filières non verticales aussi (tous les livres du domaine public et les sites suisses, e-readers ou Payot.ch...) avec l'application Bluefire. Mais mon application de lecture préférée (iBooks) est incompatible avec les livres non distribués par Apple et un rayon de soleil sur l'écran transforme ma lecture en épreuve.

Le Kindle d'Amazon m'offre une simplicité d'usage inégalée, un catalogue francophone qui commence à être convaincant et la lisibilité de l'encre numérique. Un seul compte, un seul clic pour acquérir un livre, apparition intstantanée dans la bilbliothèque virtuelle... Le rêve du technophobe. Mais cette filière, volontairement incompatible avec le standard epub, est si fermée qu'elle fait passer Apple pour le champion du monde de l'ouverture. En bref que ferai-je de mes livres si j'abandonne Amazon?

Une liseuse de type Cybook Odyssey alors? La raison et mes réticences à mettre tous mes œufs dans le même panier m'y pousse. L'offre croissante de titres disponibles au format epub, même en Suisse m'y encourage. Mais mon côté flemmard me pousse vers des solutions verticales ou tout est intégré et fonctionne du premier coup.

Ce dilemme, je suis encore loin de l'avoir résolu. Une fois encore, la diversité, la quantité de l'offre et son prix pèsera fortement dans la balance. Et sur ce terrain-là, il faut bien reconnaître que la filière Amazon Kindle marque, ces temps, de méchants points.

mercredi 31 août 2011

Livre numérique : comment j’ai téléchargé mon premier roman désiré

Pour la première fois cette semaine, j’ai acheté au format numérique (epub) un livre que je souhaite vraiment lire. Jusqu’ici, les quelques exemplaires téléchargés étaient surtout des bouquins prétextes histoire de voir, où va la dématérialisation francophone (pas très loin en terme d’offre, c'est bien désolant). Le roman en question a pour titre Drood, il est signé Dan Simmons. Je suis un quasi inconditionnel de cet auteur après l’avoir découvert avec L’échiquier du mal puis Hyperion et La chute d’Hyperion.

Ce qui m'a conduit vers cette décision essentielle commence pas plus tard qu'hier matin, dans le train qui me conduit vers Genève. Un confrère et néanmoins ami (plus pour longtemps) exhibe goguenard, car connaissant mon goût pour Simmons, la version papier qu’il s’apprête à dévorer. Je toise, je méprise et je fais semblant de m’intéresser au paysage.


Bien évidemment, dès que parvenu à destination, j’entreprends de dénicher mon propre exemplaire. Sous le prétexte que je m’apprête à m’envoler pour un court séjour à Berlin, je me dis qu’une version numérique pour mon iPad se substituera avantageusement à la grosse édition papier qui n’aurait pas manqué de déformer mon petit sac de voyage. Je commence donc par me rendre, via mon PC, sur les sites helvétiques ereaders.ch et payot.ch. Fiasco sur toute la ligne, seules les éditions papiers sont proposées.

Je me rends ensuite sur un site français (fnac.com en l’occurrence) : miracle le bouquin, édité chez Robert Laffont, est aussi disponible dans le format epub. Je sélectionne. Je dépose ma commande dans le panier virtuel. Ce sera 20 euros et quelques miettes, je valide… Ma carte de crédit est refusée sous prétexte que mon moyen de paiement n’est pas français. La gestion des droits territoriaux à encore frappé, me dis-je un tantinet agacé.


Opiniâtre ou borné (c'est selon), je poursuis mon cheval, ma bataille. Je lance sur iPad l’application Fnacbook qui permet elle aussi d’acheter et de télécharger des livres numériques. Dans la zone «Store», je recherche Drood, je le trouve, je le sélectionne et introduit les données de ma carte de crédit, tout aussi helvétique que dans le paragraphe précédent. La transaction est validée. Le fait que cette filière fonctionne alors que l’autre pas me plonge dans un abîme de perplexité. La gestion des droits territoriaux seraient-ils à géométrie variable ? Passons.

L’application, qui fait aussi office de liseuse, me propose de télécharger le pavé. Je valide. Et paf ! Voilà qu’on me demande d’introduire mon «Adobe ID», autrement dit une adresse mail et un mot de passe d’un compte préalablement créé chez Adobe, entreprise qui gère les droits numériques des bouquins légalement vendus. Je me souviens d'en avoir créé un en des temps immémoriaux. Un ange passe, je fini par me souvenir de ce foutu logon. Le livre est déverrouillé. En quelques secondes, il est téléchargé. Je peux enfin commencer ma lecture sur la tablette tactile mais seulement dans l'application conçue pour la Fnac.

Maintenant, je me demande si je ne vais pas poursuivre jusqu’au bout mon chemin de croix: télécharger le fichier sur un PC. Trouver le moyen de l’expurger de ses DRM (Digital Rights Management) pour rendre le fichier lisible (et transmissible) sur n'importe quel support. Même dans dix ans.

Avec ça, si tout comme moi vous n'êtes pas convaincu de la supériorité évidente du format numérique sur le format papier...